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Samuel Beckett Interviewe Samuel Beckett

par Samuel Beckett

Introduction

A la suggestion de lecteurs loyaux Nicolas Pineau et Gregory Seagle, je me suis plongé abruptement dans la tâche ardue de détraquer et rencontrer le plus difficile, le plus timide et le plus réticent des maîtres de la littérature moderne. La perspective de parler en personne avec cet irlandais canonique dramaturge, poète, contribuable français, journaliste biographique, collectionneur de timbres et propriétaire d'une chienne (colley berger) m'a simultanément rempli de terreur et d'appréhension. J'ai temporisé pendant quelque semaines avant d'essayer d'obtenir un rendez-vous. Enfin je me résolus à en finir et, après au moins mille coup de téléphone (pour quelque raison, la ligne était toujours occupé) au modeste mais bel appartement de Beckett au 38 boulevard Saint-Jacques, une personne charmant qui a prétendu être 'L'assistant personnel de M. Beckett ainsi que son ami invisible' a répondu au téléphone et a parlé avec moi. Nous sommes tombés d'accord sur le fait que je pourrais entièrement mener l'interview et que je pouvais rester aussi longtemps que je le voulais, à condition que je vienne immédiatement, que j'apporte mes propres cigarettes et les fume frugalement . "Ah, que vous avez raison!", me suis-je dit (officieusement) comme je raccrochai le téléphone, me souvant des conséquences désastreuses d'avoir copieusement fumé le cigare pendant l'interview de Marcel Proust en 1922, alors que je n'étais encore qu'un adolescent !

A l'insistance de l'ami de M. Beckett, le rendez-vous convenu était à un café proche dont la terrasse restait ouverte tout hiver. En Attendant GodotGitanes Après un rapide passage au kiosque pour acheter un paquet frais de Gitanes, je me rendis au café, m'assis et commandai deux tasses de café afin de me préparer à l'arrivée de Beckett et aussi pour me donner du courage. Durant tout ce temps, j'eus à tolérer les regards bizarres du patron. Beckett est arrivé à peine plus tard que prévu, s'est assis et a fini son café. Nous avons quitté le bar et j'ai suivi l'auteur taciturne. Nous sommes passés devant le Sofitel, avons descendu le boulevard puis monté des escaliers étrangement familiers. J'espérais que ma pétulance naturelle n'accablerait pas ce prophète orphique de la mélancolie comique et du désespoir burlesque, ne me laissant remplir mon carnet qu'avec les ellipses pointillées de ses silences, des rires et des pleurs inaudibles. Je n'avais pas à m'inquiéter ! Je pensais qu'il ne se tairait jamais, et je n'ai pas souvenir d'un sujet à ce point consentant. Des contraintes sur la taille de cette page limiteront cette publication à quelques fragments seulement de notre délicieux badinage.
 

L'Interview

I
Briser la glace.


Beckett: Parlons ici.
Beckett: Mon dieu, non.
Beckett:
Fumons.
Beckett: Pas maintenant, non.
Beckett: Gitanes.
Beckett: Non, mais oui.
Beckett: Je suis allé au kiosque pour ...
Beckett: Nous avons pris un café.
Beckett: Avant l'interview.
Beckett: L'interview? Non, ne peut être personne interviewé. Gérard, Franz, toutes ces marionnettes m'ont fait perdre mon temps alors que j'aurais dû parler qu'à moi seul. Mais je vais être interviewé enfin en dépit de tout.

Je veux te connais ...

Papa! II 
Papa 



Beckett:   C'était Papa!
Beckett:   Papa!
Beckett:   C'était toi!
Beckett:   Toi! En Irlande, à Dublin,
à Renvyle.
Beckett:   Comme c'est loin, tout ça, si loin !
Beckett:   Je ne m'en souviens pas! Toi?
Beckett:   Maman? Papa? A New York,
en Californie.
Beckett:   Papa! 1964. Il a fait le singe,
Papa. Nous avons filmé.
Beckett:   T'en souviens-toi!
 
 
 
 
 


III
Les dernières chimères de Krapp

Beckett: Viens d'écouter à ce pauvre petit crétin pour qui je me prenais il y a trente ans, difficile de croire que j'aie jamais été con à ce point-là. Ça au moins c'est fini, Dieu merci.
Beckett: Les yeux qu'elle avait!Les yeux qu'elle avait! (Loreena McKennitt)
Beckett: Tout était là, toute cette vieille charogne de planète, toute la lumière et l'obscurité et la famine et la bombance des ... des siècles! Oui! Laisser filer ça! Jésus! Ç'aurait pu le distraire de ses chères études! Jésus!
Beckett: Les yeux qu'elle avait!
Beckett: Enfin, peut-être qu'il avait raison. Pah! Rien à dire, pas couic. Qu'est-ce c'est aujourd'hui une année? Merde remâchée et bouchon au cul. Dégusté le mot bobine. Bobiine! L'instant le plus heureux des derniers cinq cent mille. Dix-sept exemplaires de vendus, dont onze au prix du gros à des bibliothèques municipales d'au-delà des mers. En passe d'être quelqu'un. Une livre six shillings et quelque pence, huit probablement.
Beckett: Les yeux qu'elle avait!
Beckett: Me suis traîné dehors une fois ou deux, avant que l'été se glace. Resté assis à grelotter dans le parc, noyé dans rêves et brûlant d'en finir. Personne. Dernières chimères. A refouler!
Beckett: Les yeux qu'elle avait!
Beckett: Me suis crevé les yeux à lire Effie encore, une page par jour, avec des larmes encore. Effie. Aurais pu être heureux avec elle là-haut sur le Baltique, et les pins, et les dunes. Non? Et elle? Pah!
Beckett: Les yeux qu'elle avait!

IV
Nous emménagerons ensemble
Nous danserons

Beckett:   Tu te rappelles 1953?
Beckett:   Danseras-tu avec moi?
Beckett:   Comme nous avons dansé auparavant?
Beckett:   Tournoieras-tu avec moi?
Beckett:   Les feuilles sur la sol de la forêt!
Beckett:   Un amour incendiaire!
Beckett:   Mais refroidi par Décembre.
Beckett:   Reviens, nous brûlerons à jamais!
Beckett:   Ce qui reste? Des roses fanées!
Beckett:   Rêves poussiéreux, les os de qui nous étions.
Beckett:   Comme la neige, où allais-tu?
Beckett:   J'ai pensé être parti à jamais!
 

Nous danserons!

V
Piquer Haystacks Calhoun


Beckett:   Ce combat de lutte à Harrisburg.
Beckett:   Peux pas y retourner.
Haystacks Calhoun vs. Beckett
Je dois continuer.
Haystacks Calhoun sur Beckett
Je ne peux pas continuer.

Papa?

VI
Souvenir ...
Albert Schweitzer à Lambarene



Beckett:   Papa?


VII
Le verre du départ



Beckett:   Est-ce que tu as encore de l'argent?
Beckett:   Plus un sou!
Beckett:   Eh bien, je suppose c'est la fin, alors.